Focus Collectifs 2023

FOCUS COLLECTIFS


Le cinéma documentaire est par essence un art collectif. Il porte à l’écran une rencontre, celle de l’auteur avec son sujet, grâce à une autre rencontre, entre un auteur et une équipe. Dans les périodes de doutes ou d’instabilité, nous recherchons la puissance du collectif, du vivre et du faire ensemble. Les cinéastes en font autant : de la guerre du Vietnam à celle en cours en Ukraine, des grèves dans les usines aux révoltes féministes, les artisans du documentaire ont décidé d’unir leurs forces pour donner de la voix à des récits singuliers récités au pluriel. Créer collectivement devient alors un acte politique. Les artistes décident de dissoudre leur statut et leur identité, au profit du groupe de valeurs et de pensées auquel ils contribuent. Chacun accepte de croiser et de questionner son regard avec celui de l’autre. Les créations collectives donnent aussi à voir des liens, en même temps qu’elles contribuent à les tisser. On assiste avec émotion à la rencontre artistique d’Agnès Varda et JR, et de tous les villageois sur leur passage. Avec le groupe de réalisateurs de Loin du Vietnam comme avec le collectif féministe des Insoumuses, les images construisent une grammaire commune, qui trouve ses racines dans la lutte et la solidarité. Pour le groupe Medvedkine de Besançon, la caméra passe de main en main, rendant visible le quotidien partagé de milliers de familles ouvrières anonymes. À l’occasion de cette programmation spéciale mais aussi d’une table ronde, nous retracerons ensemble l’histoire et l’actualité de ces aventures collectives, qui se répondent les unes aux autres, accompagnés de Catherine Roudé, spécialiste du cinéma militant ouvrier 

Léa Luret, membre des Escales Documentaires  

 

Les films

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Ukrainian independence – As It Is

#Babylon’13 – Volodymyr Tykhyy – Ukraine/Pologne – 2023 – 77′

Les événements du film se déroulent sur une seule journée : Le 24 août 2022, jour où l’Ukraine célèbre le 31e anniversaire du renouvellement de son indépendance. Une patrouille de police de plage, une femme soldat pilote de missile anti-tank, un soldat d’une unité d’assaut rapide, un autre d’une unité de mortier, un jeune employé de bar, un artiste et un ancien membre du parlement,… ensemble, ces personnes composent une mosaïque captivante d’une journée dans la vie de l’Ukraine en temps de guerre.

#BABYLON’13 est un collectif de cinéma qui ne peut exister que dans la société civile. Nous nous sommes réunis après la dispersion violente des étudiants sur la place de l’Indépendance en novembre 2013. Au fil des années, nous avons créé plus de 400 films qui ont été publiés sur les réseaux sociaux sans attribution. Aujourd’hui, notre collectif compte plus d’une centaine d’activistes, chacun avec une vision différente. Mais nous sommes unis par des valeurs communes et le désir de changer notre société à travers le cinéma. 

Projection le vendredi 10 novembre à 14h au Centre Intermondes

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Loin du Vietnam

Chris Marker, Jean-Luc Godard, Claude Lelouch, Michèle Ray Gavras,

William Klein, Joris Ivens, Alain Resnais, Agnès Varda France – 1967 – 115′

Afin de soutenir le peuple vietnamien dans l’épreuve éreintante de la guerre, des cinéastes et intellectuels français répondent à l’appel d’Agnès Varda et de Chris Marker et se réunissent pour se faire les témoins d’un conflit qui ravage le pays dans les années 60. A leur façon, selon leur propre sensibilité, ils prennent tour à tour la parole. Le documentariste Chris Marker a monté les images pour en faire un film. Il donne ainsi la possibilité à un public élargi d’entendre la voix des contestataires… 

Projection le Jeudi 9 novembre à 21h au Carré Amelot

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Maso et Miso vont en bateau

Les Insoumuses : Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder, Nadja Ringart 

 France – 1976 – 55′

Détournement humoristique par le collectif Les Insoumuses d’une émission de Bernard Pivot avec Françoise Giroud, alors secrétaire d’État à la condition féminine.
« Le 30 décembre 1975, après avoir vu sur Antenne 2 l’émission de Bernard Pivot intitulée Encore un jour et l’Année de la femme, ouf ! c’est fini, nous avons éprouvé le besoin immense d’exprimer notre point de vue, de répondre… » 

L’une a joué chez Marguerite Duras et Chantal Akerman ; l’autre est une vidéaste pionnière, ayant signé les films militants Y’a qu’à pas baiser et Le F.H.A.R. (pour « Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire »). En 1974, Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos se rencontrent et co-réalisent des montages-vidéos politiques au service des luttes féministes. 

Projection le Mercredi 8 novembre à 19h à la Maison de l’Etudiant

©️Anouchka Films

Un film comme les autres

Groupe Dziga Vertov – France – 1971 – 100′

Dans un terrain vague, devant des immeubles de banlieue, trois étudiants de Nanterre et deux ouvriers de Renault-Flins discutent, quelques semaines après les événements, de Mai 1968. Godard propose un montage alterné entre ces jeunes gens en train de parler et des images de Mai 1968 – occupation de la Sorbonne, batailles dans les rues et barricades. 

 

Projection le Jeudi 9 novembre à 14h30 au CGR Dragon

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Visages Villages

Agnès Varda, JR – France – 1917 – 99′

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général, et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, de tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés, et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant de leurs différences. 

 

Née en Belgique, en 1928, Agnès Varda est considérée comme la “Grand-mère de la Nouvelle-Vague ». Formée à la photographie, elle se lance dans le cinéma en 1954 avec sa société Ciné Tamaris, une coopérative qui lui permet de produire son premier long-métrage, La Pointe Courte. Elle est connue pour ses films de fiction (Cléo de 5 à 7 en 61, Jacquot de Nantes en 91 sur son mari Jacques Demy,…) comme pour ses documentaires (Les Glaneurs et les Glaneuses en 2000, Les plages d’Agnès en 2008,…). A la fin de sa vie, elle devient aussi plasticienne. Elle est décédée à Paris en 2019. 

JR est né en 1983 en région parisienne. Il vit et travaille entre Paris et New York. Depuis 2001, il colle ses photographies dans l’espace public pour révéler les visages et les témoignages d’invisibles, des banlieues françaises à la Turquie, de Times Square au Panthéon, en passant par les ghettos du Kenya ou les favelas du Brésil. Lors des actions de collage, les communautés participent au processus artistique, aucune scène ne séparant les acteurs des spectateurs 

 

Projection le Samedi 11 novembre à 16h au CGR Dragon

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Nouvelle société 

Groupe Medvedkine de BesançonFrance – 1969 – 3 x 9’

 

n°5 – Kelton : Les conditions de travail dans l’horlogerie KELTON-TIMEX : les ouvrières travaillant comme des marionnettes, les évanouissements, les accidents et en guise de prime de la « Nouvelle Société », Sylvie Vartan venant chanter à l’atelier… <

n°6 – Biscuiterie buhler : Une petite fille dont la mère travaille à la biscuiterie BULHER et le père est routier, raconte sa vie. Une vie familiale désagrégée par le travail. Le monde des travailleurs vu à travers les yeux de leurs enfants. <

n°7 – Augé découpage : Dans une usine de contacteurs éléctroniques, les conséquences sur la vie des ouvriers, de la pression des grandes entreprises sur les petites : les cadences s’accélèrent, la tension monte, les accidents deviennent plus fréquents et plus graves : un ouvrier perd sa main dans une presse. 

 

Ça ne se faisait pas, ça ne se fait toujours pas, ou si rarement. De quoi je vous parle ? D’une utopie. De quelques dizaines d’ouvriers des usines Rhodiaceta de Besançon et Peugeot de Sochaux d’un côté, d’une poignée de cinéastes, réalisateurs et techniciens, de l’autre, qui ont décidé à cette époque-là qui n’est justement pas n’importe laquelle, de consacrer du temps, de la réflexion et du travail, à faire des films ensemble. 

L’expérience des groupes Medvedkine, mêlant les registres militants, sociaux et cinématographiques, constitue un moment inédit dans l’histoire de la création collective. Associant les ouvriers et les réalisateurs et techniciens de la société ISKRA-SLON, les groupes réalisaient et distribueraient des films collectifs entre 1967 et 1974.  

Projection jeudi 9 novembre à 12h30 au Centre Intermondes

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Cinétracts

Réalisation collective – non signésFrance – 1968 – 8 x 2’44

Cette cinquantaine de films de deux ou trois minutes, le plus souvent muets, et faits tantôt par des amateurs, tantôt par des cinéastes chevronnés, fut utilisée pour l’agit-prop en mai 1968. 

QU’EST-CE QU’UN CINETRACT ? C’est 2’44 (soit une bobine 16 m/m de 30 m. à 24 images/seconde) de film muet à thème politique, social ou autre, destiné à susciter la discussion et l’action. ESSAYONS D’EXPRIMER PAR CINETRACTS NOS PENSÉES ET NOS RÉACTIONS ! 

POURQUOI ? 

Pour : CONTESTER – PROPOSER – CHOQUER – INFORMER – INTERROGER AFFIRMER – CONVAINCRE – PENSER – CRIER – RIRE – DÉNONCER CULTIVER 

Extraits de la fiche pratique CINÉTRACTEZ !  

 

Projection en première partie des films du Focus

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Mireuil, Villeneuve-les-Salines : deux aventures audiovisuelles collectives au cœur des années 1980 

France – 1983/1985 – 30‘

Retour avec le FAR – Fonds Audiovisuel de Recherche sur deux aventures audiovisuelles rochelaises. Avec le CREAV, écrivain publique audiovisuel, revivez le journal des habitants de Mireuil en 1983-1984 animée par Patrice Marcadé, fait avec les habitants du quartier. Avec TéléMirabeau, découvrez les images inédites de cette tentative de télé locale à Villeneuve-les-Salines à l’été 1985 portée par Patrick Henry et Denis Leroy dans la mouvance de l’émergence des télévisions de proximité 

Le CREAV (Centre de Recherches et d’Études Audiovisuelles) est une association fondée en 1970 à La Rochelle. Initiative locale et spontanée, elle avait pour vocation de mettre au service des minorités sociales des moyens de communiquer et de comprendre l’information, pour faire selon ses mots « du plus grand nombre de téléspectateurs possible des télé-acteurs de la révolution médiatique ». Subventionnée un temps, elle préfigure aussi l’éducation aux images grâce à son service « Écrivain Public Audiovisuel ». Son engagement social, viscéralement politique, engendrera des baisses successives de subvention qui mettront un terme à l’aventure en 1999. 

Projection le mercredi 8 novembre à 14h au Centre Intermondes

Mais aussi…

Table ronde

Animée par Léa Luret et Patrick Colin des Escales Documentaires 

Avec  

Catherine Roudé, docteure en histoire du cinéma, qui accompagne les séances du Focus Collectifs

Matthieu de Laborde, directeur de production chez ISKRA 

Arthur Thomas-Pavlowsky, réalisateur de La lutte est une fin, programmé dans la catégorie Escale en courts

Le vendredi 10 novembre à 16h30 au Centre Intermondes

Hors Champ, visite guidée du quartier libre

cie Les Grands Espaces

Visite guidée uchronique, cinématique et drolatique

avec le CNAREP – Sur le Pont et la complicité du FAR

Voir la page du spectacle

Le vendredi 10 novembre à 20h et le samedi 11 novembre à 18h places des Coureauleurs